Révision de la directive européenne sur l'efficacité énergétique (DEE) : comment mettre votre entreprise en conformité ?

Révision de la directive européenne sur l'efficacité énergétique (DEE) : comment mettre votre entreprise en conformité ?

Fin 2023, la directive européenne sur l'efficacité énergétique (DEE) est entrée en vigueur. Elle révise les objectifs de l'Union en matière de réduction de consommation finale d'énergie, avec un plan très ambitieux par rapport aux scénarios prévisionnels initialement établis : d'ici 2030, la consommation finale d'énergie de l'Union ne devra pas dépasser 763 millions de tonnes équivalent pétrole, soit au moins 11,7 % de moins que les projections du scénario de référence de 2020 [1]. Trois ans plus tard, la transposition française est achevée. La loi DDADUE du 30 avril 2025 [2] et le décret du 29 décembre 2025 [3] ont fixé les seuils, les échéances et les sanctions qui s'appliquent aux entreprises industrielles. Quelles sont ces nouvelles obligations ? Quelles solutions pour y répondre ? Notre décryptage pour y voir plus clair.

Lucille Pellerin

Lucille Pellerin

17 décembre 2023 à 14:05

4 minutes de lecture

A retenir

  • La directive européenne sur l'efficacité énergétique est transposée en droit français par la loi DDADUE du 30 avril 2025 et le décret du 29 décembre 2025. L'assujettissement repose désormais sur la consommation d'énergie et non plus sur l'effectif ou le chiffre d'affaires.

  • Au-delà de 2,75 GWh d'énergie finale par an, l'audit énergétique s'impose tous les quatre ans, avec un premier dépôt au plus tard le 11 octobre 2026. Au-delà de 23,6 GWh par an, un système de management de l'énergie certifié ISO 50001 devient obligatoire au 11 octobre 2027.

  • Un système de management de l'énergie couvrant au moins 80 % de la consommation finale dispense de l'audit réglementaire. Le manquement expose à une amende administrative pouvant atteindre 2 % du chiffre d'affaires hors taxes, portée à 4 % en cas de nouvelle violation.

La directive européenne et sa transposition en France

Concrètement, la DEE prévoit une réduction de 11,7 % supplémentaires de la consommation d'énergie primaire et finale à l'échelle de l'UE d'ici 2030 [4]. Cet effort se traduit pour les États membres par une obligation d'économies d'énergie cumulées dont le rythme s'accélère par paliers : 1,3 % par an sur 2024 et 2025, 1,5 % par an sur 2026 et 2027, puis 1,9 % par an de 2028 à 2030 [5].

Un défi de taille que l'Hexagone relève par le biais de la stratégie française énergie climat (SFEC) et de ses trois documents de planification énergétique, désormais tous adoptés :

  • la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), fixée par le décret du 12 février 2026 pour la période 2026-2035 [6] ;
  • la stratégie nationale bas-carbone (SNBC), adoptée par le décret du 16 juillet 2026, qui plafonne les émissions à 342 Mt CO2e par an sur 2024-2028, 262 Mt sur 2029-2033 puis 194 Mt sur 2034-2038 [7] ;
  • le plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC), publié le 10 mars 2025, dont 85 % des actions étaient engagées un an après son lancement [8].

Pour atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050, la stratégie nationale bas-carbone identifie quatre leviers d'action principaux du côté de l'industrie [9] :

  • modification des intrants matière ;
  • amélioration de la sobriété et de l'efficacité énergétique ;
  • substitution des énergies carbonées par des énergies décarbonées ;
  • captage et stockage du carbone.

Il est évident que la gestion énergétique dans le secteur industriel constitue une question centrale. L'industrie a consommé 285 TWh en 2024, soit 18 % de la consommation finale d'énergie du pays, une part qui s'est réduite depuis 1990 où elle atteignait 24 % [10].

Directive européenne et industrie : ce qui change en 2026

Le calendrier s'est resserré et les obligations sont désormais chiffrées dans le code de l'énergie. Deux chantiers concernent directement les sites industriels. Le premier est la refonte de l'audit énergétique réglementaire, dont la première échéance tombe le 11 octobre 2026. Le second est la réforme des quotas carbone, entrée dans sa phase concrète avec le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières.

Révision de l'audit énergétique réglementaire et obligatoire

Le critère d'assujettissement a changé de nature au 1er octobre 2025. Le contenu de l'audit lui-même a été redéfini par un arrêté de juillet 2025.

Les dispositions préalables

De 2012 au 30 septembre 2025, les entreprises de plus de 250 salariés, ou dont le chiffre d'affaires dépassait 50 millions d'euros et le bilan total 43 millions d'euros, étaient tenues de réaliser un audit énergétique puis de l'actualiser tous les quatre ans. Le déclenchement de l'obligation reposait sur la taille de l'entreprise.

Ce qui change

Depuis le 1er octobre 2025, l'assujettissement se fonde sur la consommation finale d'énergie, calculée comme la moyenne des consommations des trois années civiles précédentes [11]. Deux seuils structurent le dispositif :

  • au-delà de 2,75 GWh par an, soit 10 térajoules, un audit énergétique s'impose tous les quatre ans, le premier au plus tard le 11 octobre 2026 [12] ;
  • au-delà de 23,6 GWh par an, soit 85 térajoules, un système de management de l'énergie certifié ISO 50001 devient obligatoire au 11 octobre 2027 [13].

Le périmètre retenu est celui de la personne morale immatriculée au registre du commerce et des sociétés, ce qui agrège tous les sites d'une même entité [14]. La consommation annuelle d'énergie finale se déclare sur la plateforme de recueil de l'ADEME, qui reçoit également les rapports d'audit et les certificats ISO 50001 [15].

L'arrêté du 10 juillet 2025 fixe le contenu de l'audit énergétique industriel [16]. Celui-ci doit :

  • suivre les normes NF EN 16247, la norme générale et ses déclinaisons sectorielles ;
  • retenir les usages énergétiques représentant plus de 10 % des consommations de chaque site audité, avec un minimum de trois usages ;
  • évaluer les opportunités d'énergies renouvelables et de récupération de chaleur au regard de leur rentabilité ;
  • classer le plan d'actions en quatre catégories de temps de retour sur investissement : un an ou moins, un à trois ans, trois à cinq ans, plus de cinq ans.

L'audit, comme le système de management qui peut s'y substituer, doit couvrir au moins 80 % de la consommation finale d'énergie [17]. Le manquement à ces obligations expose à une amende administrative pouvant atteindre 2 % du chiffre d'affaires hors taxes du dernier exercice clos, portée à 4 % en cas de nouvelle violation [18].

À noter : cette révision ne concerne pas les entreprises mettant en œuvre un contrat de performance énergétique (CPE) couvrant au moins 80 % de la consommation finale, ni celles disposant d'un système de management environnemental certifié ISO 14001 intégrant un audit énergétique conforme [19].

Réforme des quotas carbone (SEQE-UE)

Le second chantier porte sur le prix du carbone. La réforme adoptée en mai 2023 produit ses effets les plus visibles en 2026, année d'entrée en régime définitif du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières.

Intronisé en 2005 dans le cadre de la ratification du protocole de Kyoto, le système d'échange de quotas d'émission de l'Union européenne (SEQE-UE) vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre des secteurs industriels énergivores, des producteurs d'électricité et des compagnies aériennes, en abaissant au fil du temps le plafond des quotas d'émissions fixé par l'UE.

Une réforme majeure de la directive 2003/87, base légale principale du SEQE-UE dans le droit européen, a été adoptée en mai 2023. Ses dispositions sont les suivantes :

  • l'objectif de réduction des émissions des secteurs couverts, par rapport à 2005, passe de 43 % à 62 % en 2030 [20] ;
  • le transport maritime est désormais un secteur couvert par le SEQE-UE ;
  • un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) est mis en place.

Les implications concrètes

Ces dispositions se traduisent par quatre effets datés pour les industriels :

  • le plafond des quotas diminue de 4,3 % par an de 2024 à 2027, puis de 4,4 % par an à partir de 2028 [21] ;
  • les compagnies maritimes restituent 40 % de leurs quotas pour les émissions de 2024, 70 % pour celles de 2025, puis 100 % à partir des émissions de 2026 [22] ;
  • les quotas gratuits de l'aviation ont disparu au 1er janvier 2026, la totalité des quotas du secteur étant désormais mise aux enchères [23] ;
  • les quotas gratuits des secteurs industriels couverts par le MACF s'effacent progressivement : 97,5 % de l'allocation en 2026, 95 % en 2027, 90 % en 2028, 51,5 % en 2030, puis zéro en 2034 [24].

Le MACF est lui-même entré en régime définitif le 1er janvier 2026. Au-delà d'un seuil cumulé de 50 tonnes de marchandises importées par année civile, le statut de déclarant MACF autorisé conditionne l'importation [25]. La vente des certificats ouvre en février 2027 et la première déclaration annuelle, portant sur les importations de 2026, se dépose en septembre 2027 [26].

Si votre entreprise est soumise à l'audit énergétique réglementaire

La réforme a inversé le lien entre l'audit et les quotas gratuits. L'article 10 bis de la directive SEQE prévoit désormais une réduction de 20 % des quotas alloués à titre gratuit lorsque les recommandations du rapport d'audit ou du système de management de l'énergie ne sont pas appliquées, sauf si le délai d'amortissement des investissements correspondants dépasse trois ans ou si leur coût est disproportionné [27]. La mise en œuvre des préconisations à temps de retour inférieur à trois ans protège donc l'allocation gratuite.

La compensation des coûts indirects, qui rembourse une partie du coût du carbone répercuté sur le prix de l'électricité, suppose de son côté un audit énergétique ou un système de management de l'énergie couvrant au moins 80 % des factures énergétiques du site [28].

Anticiper votre certification ISO 50001 pour passer à l'action

Ces changements, qui impliquent de mettre en place des mesures exigeantes de gestion de l'énergie, secouent évidemment le monde de l'industrie. La bonne marche à suivre ? Prendre les devants pour ne pas se retrouver dépourvu, en mettant dès aujourd'hui en place un système de management de l'énergie certifié ISO 50001. Toute entreprise engagée dans une démarche d'amélioration de la gestion de l'énergie est en effet dispensée de l'audit réglementaire, si ce SME couvre au moins 80 % des consommations énergétiques du site [29]. Facultative jusqu'ici, la certification devient obligatoire au 11 octobre 2027 pour les entreprises dont la consommation dépasse 23,6 GWh par an [30].

Le financement de cette démarche a changé de visage en 2026. Le dispositif PRO-SMEn verse une prime égale à 20 % des dépenses énergétiques annuelles du périmètre certifié, plafonnée à 40 000 euros hors taxes [31]. Ses inscriptions sont closes depuis le 1er octobre 2025, le nombre maximal de dossiers finançables ayant été atteint le 16 juillet 2025. Une liste d'attente a pris le relais [32]. Le PACTE Industrie, programme CEE porté par l'ADEME avec l'ATEE auquel PRO-SMEn est rattaché, reste ouvert : il finance jusqu'à 40 000 euros la mise en place de la norme ISO 50001, ainsi que 60 à 80 % du coût des études et des coachings [33]. Son millésime 2026 couvre la période du 1er janvier au 31 décembre 2026 [34].

Bon à savoir : la session 2018-2022 de PRO-SMEn a bénéficié à 306 entreprises, dont 69 % d'entreprises industrielles, pour 11,6 millions d'euros distribués [35].

La norme ISO 50001 dessine des lignes directrices pour structurer votre gestion énergétique et vous permet de générer des économies sur le long terme. Parce qu'elle définit des exigences en termes de performance et de résultats plutôt que de moyens, les industriels certifiés doivent continuellement progresser d'une année à l'autre s'ils souhaitent maintenir les avantages de leur certification. Adopter la norme ISO 50001 représente ainsi une opportunité significative d'établir des pratiques de gestion et de mesure efficaces de l'énergie sur la durée, ainsi qu'un plan d'actions actualisé. Cerise sur le gâteau, elle contribue aussi à mobiliser vos collaborateurs autour d'un objectif commun : un réel engagement en matière d'efficacité énergétique.

Évidemment, la démarche ISO 50001 suppose des prérequis : produire des données et indicateurs fiables, définir une politique énergétique, structurer son organisation, s'inscrire dans un suivi et une amélioration continue, gages d'un système de management documenté et vertueux. Grâce à sa plateforme dédiée, Lemon Energy mesure vos consommations et qualifie votre performance énergétique à différents niveaux : l'équipement, l'atelier, le site et le groupe. Nous produisons ainsi la base technique et chiffrée qui facilitera vos échanges avec votre certificateur. Que vous soyez retardataire en matière de gestion de l'énergie ou nouvellement concernés par la révision de la DEE, notre expertise vous accompagne pour relever les défis de la transition énergétique.

FAQ

Sources :

  1. 1.https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:02023L1791-20230920
  2. 2.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000051539193
  3. 3.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053201866
  4. 4.https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:02023L1791-20230920
  5. 5.https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:02023L1791-20230920
  6. 6.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053464980
  7. 7.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054440907
  8. 8.https://www.ecologie.gouv.fr/presse/troisieme-plan-national-dadaptation-changement-climatique-pnacc-3-plus-dun-apres-85-actions
  9. 9.https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/documents/SNBC3-Partie1-Juillet2026.pdf
  10. 10.https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-energie/fr/7-consommation-finale-denergiepar-secteur-et
  11. 11.https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000023983208/LEGISCTA000031748059/
  12. 12.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000051539193
  13. 13.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000051539193
  14. 14.https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/audit-energetique-entreprises
  15. 15.https://audit-energie.ademe.fr/
  16. 16.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051886396
  17. 17.https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000023983208/LEGISCTA000031748059/
  18. 18.https://www.grand-est.developpement-durable.gouv.fr/audit-energetique-des-grandes-entreprises-a23417.html
  19. 19.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053201866
  20. 20.https://climate.ec.europa.eu/areas-action/carbon-markets/eu-emissions-trading-system-eu-ets/eu-ets-emissions-cap_en
  21. 21.https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:02003L0087-20240301
  22. 22.https://climate.ec.europa.eu/areas-action/transport-decarbonisation/reducing-emissions-shipping-sector/faq-maritime-transport-eu-emissions-trading-system-ets_en
  23. 23.https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:02003L0087-20240301
  24. 24.https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/PDF/?uri=CELEX:32023L0959
  25. 25.https://www.douane.gouv.fr/actualites/rappel-sur-lentree-en-vigueur-definitive-du-mecanisme-dajustement-carbone-aux-frontieres
  26. 26.https://www.douane.gouv.fr/fiche/comprendre-le-mecanisme-dajustement-carbone-aux-frontieres
  27. 27.https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:02003L0087-20240301
  28. 28.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000046767979
  29. 29.https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000023983208/LEGISCTA000031748059/
  30. 30.https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000051539193
  31. 31.https://atee.fr/efficacite-energetique/club-maitrise-de-lenergie/programme-pro-smen
  32. 32.https://pro-smen.org/le-programme-pro-smen
  33. 33.https://pacte-industrie.ademe.fr/
  34. 34.https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/aides-financieres/catalogue/2026/pacte-industrie-parcours-accompagnement-et-competences-pour-la-transition-energetique-de-lindustrie
  35. 35.https://pro-smen.org/bilans-des-sessions-passees/