Saverglass : retour d'expérience sur le déploiement multisite de l'ISO 50001

Saverglass : retour d'expérience sur le déploiement multisite de l'ISO 50001

D'ici le 11 octobre 2027, les entreprises dont la consommation annuelle moyenne d'énergie finale atteint 23,6 GWh devront disposer d'un système de management de l'énergie certifié ISO 50001 [1]. Chez Saverglass, Martin Haguet, Responsable Énergie BU GLASS, n'a pas attendu l'échéance. Depuis deux ans et demi, il déploie la norme sur les sites de production du groupe, en France comme à l'international, avec l'appui de Lemon Energy. Il revient sur les choix d'organisation qui ont permis de tenir le calendrier et sur ce que la certification change dans le pilotage de l'énergie.

Propos recueillis par Caroline Dusanter rédactrice indépendante.

Caroline Dusanter

Caroline Dusanter

23 septembre 2026 à 14:21

4 minutes de lecture

Quel est votre rôle chez Saverglass ?

Martin Haguet : Je suis responsable de la consommation et des volumes d'énergie pour l'ensemble des sites de production du groupe. Ces sites couvrent la fabrication du verre comme sa décoration, et ils se situent sur plusieurs continents. Ma mission consiste à leur donner une direction commune.

Pour y parvenir, il fallait d'abord installer un véritable management de l'énergie. C'est le chantier que j'ai engagé dès ma prise de fonction, il y a deux ans et demi, avec une idée claire : structurer la démarche en fixant des objectifs, puis en constituant les équipes chargées du plan d'action.

Comment l'ISO 50001 s'est-elle imposée chez Saverglass ?

Martin Haguet : J'ai découvert en détail la norme à l'occasion de ce projet, et elle correspondait à ce que je voulais mettre en place dans le groupe. L'ISO 50001 définit les exigences d'un système de management de l'énergie, avec un principe simple : gérer l'énergie de façon méthodique pour améliorer en continu sa performance énergétique. Elle demande des ressources et l'implication de tous et elle offre un cadre pertinent pour s'attaquer à la réduction de la consommation d'énergie.

Au même moment, la réglementation a évolué. La loi du 30 avril 2025 rend obligatoire, au plus tard le 11 octobre 2027, un système de management de l'énergie certifié pour les entreprises qui consomment en moyenne au moins 23,6 GWh d'énergie finale par an. En tant qu'électro-intensif, Saverglass est concerné. Nous avons donc choisi de prendre les devants, avec une démarche volontaire à l'échelle de tout le groupe.

Déployer une norme à l'échelle d'un groupe demande des compétences spécifiques. Pourquoi faire appel à un accompagnement extérieur et pourquoi Lemon Energy ?

Martin Haguet : Un de nos sites était déjà certifié, par obligation. Pour étendre la démarche au reste du groupe, nous devions établir des fondements solides et communs pour l’ensemble des sites et nous appuyer davantage sur la formation. Un accompagnement externe facilitait grandement les choses, qu'il s'agisse des ressources à mobiliser ou de la compréhension de la norme. Nous cherchions surtout une structure expérimentée, au profil industriel. L'énergie touche en effet à des sujets qui peuvent être sensibles, et un intervenant extérieur apporte à la fois le bon discours et de la neutralité.

Lemon Energy réunissait ces compétences, avec une méthode pour structurer une multitude d'actions à l'échelle du groupe. Nous avions d'ailleurs déjà mené notre audit énergétique avec eux. Même si nous avons lancé un appel d'offres, poursuivre ensemble s'est fait assez naturellement.

Côté financement, Saverglass a pu s'appuyer, pour une partie de ses sites français, sur le programme PRO-SMEn. Quel rôle ce financement a-t-il joué dans votre décision ?

Martin Haguet : C'est un financement à l'accès restrictif, auquel nos activités sont éligibles. Il n'a pas été déterminant, mais il a facilité grandement les choses. Pour les sites concernés, l'aide a couvert l'essentiel des frais liés à leur certification obtenue localement, ce qui a facilité l'acceptation du projet sur les sites concernés. Elle ne couvre en revanche pas les frais engagés hors de France.

Une fois la décision prise, comment avez-vous organisé le projet entre des sites aussi éloignés ?

Martin Haguet : Le projet s'appuyait sur deux outils de pilotage. Les chefs de projet de Lemon Energy ont d'abord structuré le planning et les tâches sur leur plateforme de gestion de projet. Nous avons ensuite mis en place un comité de pilotage commun entre Saverglass et Lemon Energy. Ce COPIL permettait de faire remonter les sujets rencontrés sur les sites et de trancher, notamment sur la collecte des données. Ce mode de pilotage a été essentiel à la réussite des projets en France.

Ce cadre commun nous a permis de travailler presque entièrement à distance. Nous fonctionnons aisément en visio depuis le Covid et toutes les sessions de travail se sont déroulées ainsi. Seuls les audits ont eu lieu en présentiel. Cette organisation nous a permis de composer avec les contraintes de chacune et les décalages horaires, et à moindre coût.

À la distance s'ajoutait, pour le site des Émirats arabes unis, la question de la langue. Comment l'avez-vous gérée ?

Martin Haguet : Le projet s'est déroulé en français et en anglaispour ce site. Pour que les équipes locales s'approprient la démarche, les documents devaient exister en anglais. Nous avons eu l'opportunité d'accueillir sur place une collaboratrice bilingue, qui a traduit l'ensemble des documents.

Grâce à ce matériel, nous avons pu engager le travail avec le site émirien, dont la certification doit aboutir d'ici la fin de l'année. Le contexte local reste toutefois particulier, puisque le site se trouve près du détroit d'Ormuz, une zone particulièrement chahutée.

Au-delà de l'organisation, qu'est-ce que le projet a demandé à vos équipes ?

Martin Haguet : Il a d'abord fallu constituer une équipe engagée et maintenir l'implication de chacun de ses membres. Le second chantier portait sur les données. Nous avons dû les collecter et les mettre en ordre pour construire des modèles statistiques de qualité, sur lesquels reposent nos indicateurs. Cette façon de définir des indicateurs était très nouvelle pour nous, et elle nous a demandé d'assimiler une nouvelle compétence.

Avec des équipes réparties sur plusieurs sites, comment avez-vous tenu les délais ?

Martin Haguet : Sur les sites accompagnés, Lemon Energy nous a permis de tenir le rythme. Lemon Energy joue un peu le rôle de gendarme extérieur : avoir le calendrier en permanence sous les yeux aide à aller au bout. Cet appui compte d'autant plus que le management de l'énergie repose sur un travail de fond, qui passe souvent au second plan, surtout pour les services de maintenance. Sans intervenant extérieur, le calendrier peut vite glisser. C'est ce qui renforce, à mes yeux, le choix d'un accompagnement intégral : l'apport méthodologique assure la continuité du projet.

Au Mexique et en Australie, la question de l'accompagnement se pose-t-elle de la même façon ?

Martin Haguet : Pour ces deux sites, la question reste ouverte, et la décision revient aux équipes locales. Le Mexique s'oriente vers un accompagnement local, l'Australie vers l'autonomie. Il me revient de veiller au respect de nos standards pour viser une intégration complète dans notre système de management.

Où en sont les certifications aujourd'hui ?

Martin Haguet : Trois sites ont obtenu leur certification cette année. Nous en avons aussi profité pour mettre à jour les deux sites certifiés auparavant, en revoyant leurs indicateurs avec des modèles statistiques de meilleure qualité. Les deux prochains sites en cours de préparation, en Belgique et aux Émirats arabes unis, doivent être certifiés avant la fin 2026. Comme évoqué, les sites du Mexique et d’Australie sont sur le point de démarrer leur préparation pour être certifiés en 2027.

Qu'est-ce que la certification change dans le pilotage de l'énergie ?

Martin Haguet : La différence se voit d'abord dans la sensibilisation et la communication, bien plus étudiées sur les sites certifiés. Les équipes y partagent désormais un langage commun sur les usages et les consommations énergétiques, et elles portent au sujet une attention plus prononcée. Une revue mensuelle vient ensuite faire le point sur les indicateurs et les plans d'action. L'écart avec les sites non encore certifiés est d'ailleurs net, qu'il s'agisse des plans d'action ou des informations disponibles.

Sans entrer dans les chiffres, quels premiers effets observez-vous sur la performance ?

Martin Haguet : Sur un site certifié depuis longtemps, nous constatons déjà de meilleures performances. Pour le moment, nous travaillons surtout à l'imprégnation du système de management de l'énergie dans l'entreprise, sur l'ensemble des thèmes couverts par la norme. Tout l'enjeu consiste à s’inscrire dans le temps et à s'approprier ces sujets au quotidien. Les revues mensuelles entretiennent cette dynamique, et c'est une vraie réussite.

Aujourd'hui, le système de management de l'énergie est en place, avec une politique énergétique, des objectifs, des indicateurs, une animation et un plan d'action. Nous disposons aussi d'une organisation qui s'appuie sur des compétences et des données structurées. Au fond, c'est la place de l'énergie qui a changé : c'était un sujet de maintenance, traité au fin fond de l'usine. C'est devenu un sujet à part entière, pour les usines comme pour le groupe.

Et après la certification, quelles sont les nouvelles perspectives ?

Martin Haguet : La démarche continue, et nos objectifs sont ambitieux. Nos engagements environnementaux et notamment la décarbonation de nos procédés nous conduisent à trouver avec l’aide de tous nos collaborateurs les pistes pour diminuer nos consommations énergétiques. Nous développons par ailleurs un management transversal, complémentaire de celui de chaque entité du groupe afin de renforcer notre synergie. Prochain rendez-vous : un séminaire des référents énergie Europe, qui permettra de faire un point d'étape et de définir les actions majeures pour la suite.